L’HYPNOTHÉRAPIE qu’en attendre contre l’acouphène et l’hyperacousie

 

 Nombreux sont ceux qui rêvent d’une potion magique contre les acouphènes. Hélas, le remède universel n’existe pas, en tout cas pour l’instant. Cependant certaines approches thérapeutiques peuvent se révéler efficaces pour soulager la souffrance qu’occasionne ce symptôme. L’hypnothérapie en est une.

 

L’hypnose une thérapie à découvrir

Nous allons maintenant définir une approche thérapeutique qui souvent offre un certain intérêt dans l’aide que l’on peut apporter aux personnes souffrant d’acouphènes. Car l’acouphène, avant d’être un symptôme, est un vécu émotionnel, et c’est à ce titre que la pratique de l’hypnose peut s’avérer être salvatrice.

L’hypnose reste encore, malgré son utilisation actuelle dans de nombreux hôpitaux, entouré d’un halo de mystère. Il existe une certaine appréhension liée en partie à l’image véhiculée par les spectacles de cabaret. L’hypnose thérapeutique est bien loin de ces mises en scène qui utilisent la crédulité des participants.

L’hypnose est maintenant reconnue comme utile dans de nombreuses problématiques: contrôle de la douleur, dépendances (tabagiques, alcooliques, alimentaires), toutes les affections psychosomatiques (acouphènes, affections dermatologiques, troubles sexuels, etc.) et également les difficultés psychologiques.

 

L’hypnose, cette inconnue

Il est difficile de définir ce qu’est exactement l’hypnose. C’est un état de conscience qui n’est ni du sommeil ni du rêve, et qui ne correspond pas également à l’état de veille. Il semblerait, mais cela est très récent et reste au conditionnel, qu’une équipe de l’université de Liège dirigée par Pierre Maquet ait réussi à identifier une zone spécifique du cerveau qui serait activée pendant l’état d’hypnose. Cette zone activée serait un marqueur psychophysiologique de cet état modifié de conscience. L’état d’hypnose est vécu par le patient suivant une échelle qui va d’une conscience importante de ce qui l’environne jusqu’à une immersion plus générale dans un vécu intérieur. L’hypnose peut être perçue à la fois comme un état physiologique où domine l’activité parasympathique assimilée à un état de relaxation, et à un mode de fonctionnement psychique. L’hypnose se présente avant tout comme un processus interactionnel qui permet de suspendre l’activité consciente afin de libérer le fonctionnement inconscient. Les associations liant symptômes, vécu émotionnel et processus cognitif sont réaménagés, recadrés. L’attention pourra se porter sur un autre mode d’attribution de la valeur affective et cognitive d’un symptôme.

 

Un peu d’histoire

Il existe plusieurs possibilités d’induire l’état hypnotique qui sont le fruit des différentes évolutions historiques de l’idée et de la pratique de l’hypnose. L’hypnose pratiquée auparavant résidait surtout sur une attitude autoritaire de l’opérateur qui formulait des suggestions directes destinées à influencer l’inconscient du patient. L’état d’hypnose actuellement ne se résume plus simplement comme on pouvait le postuler auparavant à un état de passivité dans lequel viendrait s’imprimer de nouvelles suggestions. La nouvelle compréhension de l’état hypnotique insiste beaucoup plus sur le travail inconscient qui est réactivé dans une perspective résolutive d’un problème. Plutôt que de greffer des pensées nouvelles, il s’agit d’amener le patient à réveiller ses propres potentiels internes qui dorment. L’hypnose n’a plus pour finalité d’endormir… mais de réveiller l’inconscient d’un patient !  C’est Milton H. Erickson (1901-1980) psychiatre américain qui a renouvelé la pratique de l’hypnose thérapeutique. Pour éviter les écueils d’une pratique de l’hypnose directe, autoritaire où était utilisée l’intimidation, Erickson a développé une approche qui met en avant une plus grande coopération du patient avec le thérapeute. Ce ne sera pas : «Dors ! Je le veux ! », mais plutôt une invitation respectueuse à rentrer en état d’hypnose.

 

L’hypnose, pourquoi faire

Le psychologue aura surtout comme ligne conductrice dans ce type d’approche thérapeutique de construire une relation. C’est sur ce socle relationnel que pourra se bâtir et émerger les effets thérapeutiques de l’hypnose. Pour les praticiens en hypnose ericksonienne, l’inconscient sera perçu plutôt comme un réservoir de ressources contrairement à l’approche psychanalytique qui voit dans l’inconscient un lieu d’accumulation de désirs libidinaux refoulés. Le praticien en hypnose peut orienter la relation hypnotique à travers de multiples pratiques. Soit à travers une approche cognitivo-comportementaliste, soit dans une perspective de compréhension d’un symptôme ou uniquement une visée résolutive du symptôme.

 

Le symptôme : un ami qui vous veut du mal

Le symptôme est toujours un événement fortuit, lié à un dysfonctionnement plus général qui est la maladie, ou à un désordre relationnel si l’on se place à un niveau psychologique.  On peut appréhender le symptôme comme un message qui vient alerter sur un état de désordre plus grand qui se situerait ailleurs. Le symptôme alimente le désordre et le désordre alimente le symptôme. Il se crée une circularité comme dans le symptôme acouphénique où l’acouphène active le mal-être et où le mal-être réactive l’acouphène.  L’hypnose permet de rompre avec cette circularité. Le symptôme comme le suggère François Roustang (« Influence 1990 ») serait le produit d’une isolation. On pourrait illustrer métaphoriquement cette idée en imaginant une rivière qui s’écoule, dans laquelle on pourrait observer invariablement des tourbillons comme si l’eau était captive de ce petit lieu. Un symptôme est toujours une fixation, un accroc à un mouvement plus général et spontané. Si l’acouphénique écoute ses oreilles, le bègue en cherchant ses mots les perd, l’insomniaque en cherchant le sommeil recule le moment de sa survenue, une personnalité phobique en pensant à sa peur la réactive, etc. On pourrait multiplier ces exemples pour beaucoup de difficultés de l’existence.  La relation hypnotique permet la dissolution de cette isolation et la réintégration d’un élément de la vie psychique dans le flux général des pensées. L’acouphénique entend bel et bien un bruit qui siffle, chuinte, bourdonne, etc. dans toutes les gammes du clavier bien tempéré de J.S.Bach, mais il n’entend plus que cela !

La pensée s’est arrêtée là, tout au moins pour les 2 ou 3% de personnes pour lesquelles ce symptôme est invalidant. Plutôt que de se tourner et de s’ouvrir vers l’extérieur, l’acouphénique devient l’hyperacousique de lui-même !

 

Ouvrez vos oreilles

Au moment où vous lisez cet article, il y a au moins une dizaine de bruits environnants que vous n’entendez pas. Prenez plaisir maintenant à prendre le temps pour vous en rendre compte.

Vous pouvez entendre maintenant par exemple tous les bruits usuels de votre environnement qui habituellement passent inaperçus. Vous allez peut-être entendre le bruit du réfrigérateur qui s’arrête et enfin entendre le silence. Mais si vous allez encore plus loin dans votre écoute, vous pourrez entendre les bruits de votre corps en activité.  Le souffle de votre respiration, les battements de votre cœur, les froissements de votre corps, etc. La vie est synonyme de mouvements et donc de bruits. L’idée du silence est une construction de la pensée. Le silence ne peut pas exister tant que vous êtes en vie. Et si parfois vous entendez le silence, vous ne faites que croire qu’il existe. Personne n’entend spontanément les bruits de son corps sauf lorsqu’ils viennent signifier un signal d’alerte.  Augmentation de la respiration, battements du cœur qui s’accélèrent sont autant de bruits de votre corps qui appellent à une modification comportementale. Une fois ce changement obtenu, vous oubliez ce message de changement. Vous pouvez de nouveau oublier ce bruit interne et avoir l’illusion du silence. C’est votre esprit inconscient qui organise cette illusion du silence. Votre esprit inconscient sait faire cela, produire de l’oubli ou de la distraction sur la multitude des bruits qui environne. L’hypnose ericksonienne, comme nous l’avons vu, est une pratique qui vise à réactiver ces fonctionnements naturels de l’inconscient.

 

L’inconscient, cette merveille…

Il existe donc un fonctionnement inconscient de l’esprit qui naturellement amplifie, diminue et surtout sélectionne toute la variété des manifestations sensorielles qui nous parviennent. Cette propriété naturelle de l’esprit est absolument stupéfiante.  Elle peut ainsi permettre aux personnes qui vivent dans des ambiances sonores très importantes de ne plus les entendre. On observe ainsi des attitudes étonnantes: les employés d’une discothèque par exemple discutent entre eux comme si le bruit ambiant ne couvrait pas leurs paroles. Ces personnes ont appris à adapter leur fonctionnement sensoriel à une situation extrême, jusqu’à oublier complètement que le bruit excessif est un réel danger pour leur système auditif. Le fonctionnement inconscient de leur esprit sélectionne les bruits pertinents pour continuer à accomplir leur tâche. L’hypnose est aussi un apprentissage où on apprend à fonctionner différemment pour développer ou stimuler ce principe de pertinence sensorielle. C’est ainsi que souvent l’acouphène est accompagné d’hyperacousie ou plutôt l’hyperacousie est souvent précurseur de l’arrivée de l’acouphène. L’acouphène peut être compris comme une forme d’hyperacousie de soi-même. Cette manifestation pathologique répond exactement à ce dysfonctionnement de l’esprit où l’inconscient, au lieu d’effacer ces bruits ambiants inutiles à l’existence, les amplifie. Souvent la nature et la spécificité de ces bruits amplifiés restent liés à une composante émotionnelle qui est propre à l’histoire individuelle de chaque personne. Pour l’un ce sera les cris d’enfants, pour l’autre la circulation automobile, etc. Mais l’aspect émotionnel sera toujours au centre de ce dysfonctionnement. Il est vrai qu’il est plus facile d’identifier un traumatisme sonore (c’est plus criant…) qu’un trouble émotionnel.  Ce désordre émotionnel désorganise le fonctionnement des organes des sens jusqu’à perturber ce principe de pertinence sensorielle. On peut identifier facilement cette difficulté à discriminer l’importance et la pertinence des sons chez les personnes porteuses d’appareils auditifs. Ces appareils amplifient plus ou moins la totalité des stimulus sonores ambiants. On n’a pas encore, à ma connaissance, développé d’appareil auditif pouvant reproduire intégralement cette propriété d’adaptation de l’esprit qui vise à ajuster la pertinence de perception sensorielle à l’univers sonore ambiant. Ces personnes porteuses d’appareils auditifs doivent réaliser un véritable apprentissage pour ne plus percevoir la totalité des sons qui leurs parviennent. Quel étonnement de réentendre par exemple le bruit de ses pas ou le tic-tac de sa montre. C’est cet apprentissage accessible à tous qu’il convient de développer en utilisant l’état d’hypnose.

 

Dans tous les sens

Cette détérioration du fonctionnement de l’esprit ne reste pas cantonnée seulement au système auditif. Il existe des perceptions anormalement amplifiées ou diminuées pour les autres organes des sens. Le manque d’ajustement de perception sensorielle se retrouve également pour le système visuel dans le cas de photophobie par exemple. La sensibilité a une odeur peut-être valable et sélective, il est possible de devenir anormalement hypersensible à une odeur, jusqu’au dégoût, ou de ne plus sentir cette odeur. Certaines personnes perçoivent anormalement leur odeur corporelle au point de vivre dans la crainte constante d’être senti par l’autre. Elles en arrivent à ne plus pouvoir se sentir et à utiliser le parfum comme un écran entre elle-même et le monde environnant. Le parfum devient alors une véritable prothèse olfactive (un générateur d’odeur blanche…). Une odeur agréable ou désagréable peut également persister malgré l’absence de stimulation. Le mécanisme psychique et neurologique est certainement identique aux modalités fonctionnelles de l’acouphène et de l’hyperacousie. Certaines personnes peuvent amplifier une sensation douloureuse, ou une caresse, d’autres la diminuer jusqu’à ne plus la sentir.  La douleur est toujours une expérience subjective investie d’une multitude de significations psychologiques, qui contribue à construire cette perception douloureuse. Le surinvestissement émotionnel d’une douleur contribue à amplifier celle-ci. Le surinvestissement émotionnel négatif de l’acouphène participe de ce fonctionnement au même titre qu’une douleur physique.

La relation hypnotique permet de dissocier la perception sensorielle du vécu émotionnel associé à celle-ci.

Il est possible d’associer plusieurs techniques hypnotiques qui visent toutes à modifier ou réinterpréter l’expérience de douleur morale que constitue l’acouphène.

C’est toujours avec cette triade qu’il faut composer: informations sensorielles, émotions, mémoire. On ne pourrait pas passer en revue toutes les techniques hypnotiques utilisables pour ce genre de difficulté dans un petit article comme celui-ci. Cependant il serait intéressant de développer quelques arguments sur l’auto-hypnose, technique, que tout le monde peut pratiquer individuellement.

On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même !

Tout le monde a expérimenté à un moment ou à un autre un état d’hypnose sans le savoir.  Il est arrivé à tout le monde d’avoir un livre dans la main, immobile les yeux fixés sur une page et de s’apercevoir au bout de 10 minutes que son bras est toujours immobile.  L’esprit s’est échappé dans une rêverie ou un souvenir. Cette manifestation assez commune est un état d’auto-hypnose spontané. L’auto-hypose résulte également de l’apprentissage d’une technique d’auto-induction qui permet de s’absorber en soi-même.  On peut orienter cette auto-hypnose vers un état de relaxation qui constitue un préliminaire important pour d’autres possibilités de changement. Il est assez facile d’obtenir cette relaxation qui présente en soi des vertus thérapeutiques considérables.  Une fois obtenu cet état d’auto-hypnose, il s’agit d’orienter le fonctionnement inconscient vers un apprentissage de nouvelles cognitions, l’évocation de certaines procédures mnésiques ou même s’adresser à soi des suggestions thérapeutiques.

 

Le prix du silence

La pratique de l’hypnose permet dans des proportions importantes de réduire ou de stopper le vécu affectif douloureux qui est associé à l’acouphène. Elle permet parfois dans une proportion moindre, qu’il est malaisé de quantifier, d’enlever totalement ce bruit.  Pour les patients qui viennent avec une demande centrée sur le symptôme, la difficulté s’accroît. Pour les patients acouphéniques qui viennent consulter pour d’autres problèmes, on s’aperçoit que les acouphènes disparaissent fortuitement. Pour d’autres encore, l’acouphène ne constitue pas réellement une souffrance. Une patiente, qui a toujours entendu ce bruit, le décrivait naïvement comme le bruit du silence…

Le silence a un prix. Il consiste non plus à écouter ses oreilles mais à être réellement à l’écoute de soi-même !

 

 

 

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par Antoine Späth, psychologue, hypnothérapeute.

Extrait d’un article tiré de la revue Tinnitussimo juillet 2001.